dimanche 12 septembre 2010

L'emprunt et le risque systémique

Banques : information et désinformation

Les banques sont des entreprises particulières car leur activité est purement financière.

A l’origine, des personnes disposant d’une certaine fortune prêtant habituellement de l’argent à des investisseurs qui n’en avaient pas mais qui devaient pouvoir rembourser leur emprunt, ont eu l’idée d’emprunter de l’argent à d’autres personnes fortunées pour en prêter davantage.

Ainsi sont nés les premiers banquiers il y a 5 000 ans dans une région où les échanges (donc ces banques) jouaient un rôle très important (actuellement en Iran, Irak…).

Depuis la révolution industrielle, les banques jouent un rôle positif encore plus important dans la croissance du PIB et la richesse des nations et de leurs habitants car généralement les investisseurs innovateurs manquent d’argent.

Pendant des millénaires, les banques étaient de taille réduite. Certaines ont pris de l’importance avec le développement économique au point de constituer un gros danger pour la nation en cas de faillite de leur part : c’est le risque systémique (toute l’économie risque de s’écrouler).

C’est la raison pour laquelle elles ont été soumises au XX° siècle à des règles prudentielles très strictes qu’elles ont respecté, et il n’y a eu aucun problème grave après la guerre dans ce secteur.

Une règle d’or s’impose : une banque doit avoir, comme les premiers banquiers, beaucoup de capitaux propres pour les prêter, mais elles peuvent emprunter, dans une certaine limite.

En pratique, les Américains ont considéré que les banques pouvaient prêter au maximum 12,5 fois le montant de leurs capitaux propres. C’est la limite à ne pas dépasser (leverage, mon µ).

En effet, dans ce cas, les actionnaires ne veulent pas risquer de perdre leurs capitaux en laissant imprudemment faire les dirigeants opérationnels difficilement contrôlables.

Compte tenu de la baisse de confiance que l’on a maintenant après les turbulences financières de 2008-2009, ce bon vieux Greenspan est même partisan d’un durcissement de ces règles en recommandant une limite de 10 pour ce multiple µ.

Il avait fait adopter par la BRI cette règle connue sous l’expression Tier : le plancher des capitaux propres doit être de 8 % du total des dettes, ce qui est l’exact inverse du µ de 12,5.

Les grandes banques américaines respectent ces règles prudentielles du Tier d’origine,

Tableau 1 :


2010 Q2


Bank of America


JPMorgan


Citigroup


Goldman Sachs


actions préf.


18,0


8,2


0,3


7,0


total dettes


2 148,7


1 851,1


1 783,2


816,3


capitaux propres


215,2


163,0


154,5


66,9


µ réel


10,0


11,4


11,5


12,2


Tier d'origine


10,0


8,8


8,7


8,2


Les grandes banques françaises ne respectent pas ces règles,

Tableau 2 :


2010 S1


BNP


Cdt Ag Groupe


Soc Gen


BPCE


Total dettes


2 169,0


1 824,2


1 108,0


1 073,5


Capitaux propres


68,1


76,4


25,7


50,5


µ réel


31,9


23,9


43,1


21,3


Tier d’origine


3,1


4,2


2,3


4,7


C’est pire pour certaines banques allemandes,

Tableau 3 :


Deutsche Bank


2010 T2


Total dettes


  1 883 


Capitaux propres


          42,6  


µ réel


          44,2  


Tier d'origine


            2,3  


C’est simple, tout est simple.

Les dirigeants des grandes banques européennes réussissent à manipuler les informations sur ce sujet (car, avec davantage de capitaux propres, leurs cours s’écrouleraient).

C’est grave car le risque systémique a considérablement augmenté dans la zone euro, au point que plusieurs banques (présentant ce risque) ont été en défaut de paiement récemment.

Source : Jean-Pierre Chevalier

http://www.jpchevallier.com/article-banques-information-et-desinformation-56921070.html